12/05/2005

Chapitre II - A

"La cérémonie est déjà terminée, Monsieur ?"

Gelda, fidèle employée, au service de la maison De Regnaucaurt depuis bientôt 30 ans, était vêtue de noir, les yeux rougis par le chagrin.

Marc lui sourit, puis entra sans répondre. Il monta les majesteux escaliers de marbre jusqu'à la chambre de Marthe, et entra dans la pièce sombre. Les bougies étaient éteintes, la veillée funèbre s'était achevée la veille, et Marc était heureux de s'y retrouver enfin seul. Les jours précédents avaient été extrêment pénibles pour tous ceux qui aimaient la vieille femme, les obligeant à partager leur peine avec les voisins, les inconnus, les commères et autres oiseaux de mauvaise augure.

Il s'assit sur le lit, tout au bord, caressant la taie de l'oreiller brodée aux initiale de sa famille. Gelda avait déjà changé les draps, et quelques fleurs fraîches étaient simplement posées sur la table de nuit.

La vie interrompue, et pourtant la présence encore si forte de Marthe, allait encore longtemps régner sur toute la tribu des De Regnaucaurt.

Marc s'obligea à ne pas penser à la suite, à la pénible séance chez le notaire qui les attendait, aux remarques perfides de sa grande-tante Sophie, qui n'allait pas manquer de se plaindre une fois de plus du peu d'amour que sa mère lui avait porté. Elle serait ivre, comme à son habitude, et son mari Paul ferait semblant de ne rien remarquer.

Marc se leva, fit le tour du lit, et s'approcha du secrétaire de son arrière-grand-mère. Il fit jouer le mécanisme du tiroir secret, que Marthe lui avait dévoilé quand il était tout jeune, et se mit à en vider le contenu. C'était sa dernière volonté, et c'est à lui qu'elle avait choisi de le demander. Touché mais anéanti, Marc avait promis : il en retirerait toutes les photos, tous les papiers, avant que les autres ne les découvrent.
Un paquet de lettres à l'encre mauve, entouré d'un ruban défraîchi, attira son attention.